Le pamplemousse ou pomélo en Tunisie : un trésor nutritionnel et culinaire souvent ignoré
Par Ridha Bergaoui - La plupart des Tunisiens connaissent peu le pamplemousse et en consomment rarement. Pourtant, le fruit est présent dans notre culture populaire à travers l’expression «نوريلك الزنباع وين يتباع», que l’on peut traduire par: «je te ferai voir le pamplemousse et où il se vend». Cette formule, utilisée sur le ton de la colère, renvoie sans doute à une époque où le pamplemousse était rare, presque introuvable, au point que savoir où l’acheter relevait de l’épreuve.
Le pamplemoussier fait partie de la grande famille des agrumes, largement cultivée en Tunisie, aux côtés des orangers, clémentiniers, mandariniers et citronniers. Pour la campagne 2025-2026, la production nationale d’agrumes est estimée à environ 350 000 tonnes. Fruits accessibles et très appréciés, les agrumes couvrent une grande partie des besoins en fruits frais des Tunisiens durant l’hiver. Riches en vitamine C, ils apportent énergie et protection face aux affections saisonnières. Les pamplemousses, plus discrets que les oranges, sont généralement récoltés entre février et avril, à pleine maturité.
Pamplemousse ou pomelo?
Pamplemousse et pomélo ou pomelo sont deux espèces d’agrumes différentes, tous deux appartenant à la même famille Rotaceae et au même genre Citrus. Le véritable pamplemoussier est Citrus maxima, d’origine asiatique (Indonésie, Malaisie). L’arbre est imposant et le fruit énorme et pèse jusqu’à 5 kg, de la grosseur d’un gros melon d’où le nom Citrus maxima, pour dire que c’est le plus gros citrus. Sa forme est piriforme, de couleur Jaune, verdâtre ou rosée. L’écorce du fruit est épaisse, (plus de 2 cm) et spongieuse, elle sert d’amortisseur lorsque le gros fruit tombe en se détachant de l’arbre à maturité. La chair jaune est peu juteuse et comporte plein de gros pépins. Le jus amer, un peu acide, a une saveur particulière due à la présence de naringine, pas très agréable au gout, qu’on retrouve surtout dans le fruit du bigaradier. Le pamplemousse vrai est consommé en Asie, essentiellement comme dessert. Il est appelé en anglais pomelo.
Le pomelo, du nom scientifique Citrus paradis, ou fruit de paradis, appelé également pamplemousse doux est d’origine américaine. C’est un petit arbre de 5-6 m de haut, un hybride accidentel du citrus maxima et l’oranger doux (Citrus sinensis, lui-même hybride Chinois entre Citrus maxima et Citrus reticulata ou mandarine) c’est donc un pamplemousse avec un peu de mandarine. Le terme pomelo vient du latin et veut dire pomme melon. Le fruit, couleur jaune ou rose, pèse de 300-600 g, le nom anglais est «grapefruit» ou fruit de raisin en raison de sa floraison en grappe et sa saveur légèrement acide qui rappelle celle des raisins encore verts. L’écorce du fruit est mince, la pulpe, de couleur blanche, jaune ou rouge, est juteuse, parfumée. Plus la couleur de la pulpe est foncée plus le gout est sucré. La texture est juteuse, le gout un peu amer plus ou moins acide, il comporte peu ou pas de pépins.
Les Anglais appellent le pamplemousse pomelo alors qu’en France on appelle souvent le pomélo, pamplemousse. La confusion pamplemousse et pomélo est fréquente et on les appelle souvent tous deux pamplemousse alors que ce qu’on trouve réellement c’est essentiellement le pomelo, le vrai pamplemousse est rare et il faut le chercher en Asie surtout.
Dans le présent texte on utilisera indifféremment les termes pamplemousse et pomélo en rappelant qu’en Tunisie on ne trouve que du pomélo (Citrus paradis).
Histoire du pomélo
Le pomélo est un fruit relativement récent dans l’histoire des agrumes. Contrairement à l’orange ou au citron, connus depuis l’Antiquité, son apparition accidentelle se situe au 18éme siècle, dans les Caraïbes, où il était appelé “forbidden fruit” (fruit défendu). Ce croisement spontané s’est ensuite diffusé vers la Jamaïque, puis vers l’Amérique du Nord. Sa culture commerciale s’est développée aux États-Unis (Floride, Texas, Californie), avant de s’étendre à d’autres régions méditerranéennes et subtropicales.
Les données statistiques, souvent ne spécifient pas pomélo ou pamplemousse. La production mondiale (pomélo plus pamplemousse) est d’environ 10 millions de tonnes/an dont la majeure partie (90 % au moins) de cette production est constituée de Pomélo, le pamplemousse vrai (Citrus maxima) est uniquement produit dans quelques pays asiatique surtout pour la consommation locale.
On distingue plusieurs variétés de pomélo avec de la chair blanche, rosée ou rouge. Plus la chair est foncée, plus la saveur est douce. C’est la raison pour laquelle les pamplemousses rouges et roses sont les plus populaires, bien que le blanc séduise les amateurs par son équilibre sucre-acidité.
Les principaux pays producteurs de pomélo sont la Chine (près de la moitié de la production mondiale), Vietnam, Inde, Mexique, Afrique du Sud. Les principaux importateurs (marché international) sont l’Union Européenne avec surtout les Pays-Bas, Allemagne et France. L’Espagne est producteur et exportateur de pomélo.
En Tunisie, le pamplemousse, ou pomélo, représente une partie très réduite de la production d’agrumes, cultivés essentiellement dans la région du Cap-Bon, loin derrière les principales variétés comme les oranges Navel, les clémentines, maltaises et citrons. Les surfaces cultivées sont limitées et la demande intérieure souvent très faible. La production peut être estimée à 5-10 000 tonnes, sur un total de près de 350 000 tonnes d’agrumes produite/an. On trouve certaines variétés communément appelées «Zenbaâ asfar», «Zenbaâ Khmira» ou «Star Ruby, dit Zenbaâ ahmar». La variété Star Ruby particulièrement a une jolie pulpe rose, riche en jus, et une saveur acidulée, délicatement sucrée et agréable. Le pamplemousse est consommé localement avec parfois de petites quantités exportées (0,4 tonne a été exportée en 2024 vers l’EAU).
Composition et bienfaits nutritionnel et santé
Le pamplemousse, ainsi que l’huile autrefois extraite de sa peau et de ses pépins, a longtemps été utilisé à des fins thérapeutiques. Aujourd’hui encore, il reste un fruit d’un grand intérêt nutritionnel grâce à sa richesse en nutriments et à ses effets bénéfiques pour la santé.
Peu calorique (environ 33 kcal pour 100 g), il contient peu de sucre (environ près de deux fois moins de sucres que l’orange). Il est particulièrement riche en vitamine C, en fibres alimentaires et en antioxydants (tels que les flavonoïdes et, pour les variétés roses ou rouges, le lycopène). Son fort pouvoir rassasiant et son faible impact glycémique en font un fruit bien adapté aux régimes alimentaires visant la gestion du poids et l’équilibre de la glycémie.
Très juteux et riche en eau, le pomélo est rafraîchissant, désaltérant et hydratant. Sa vitamine C et ses composés antioxydants contribuent à protéger les cellules contre les dommages oxydatifs, à renforcer les défenses immunitaires et à réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Une consommation régulière est également associée à une amélioration du profil lipidique, notamment par la réduction du mauvais cholestérol, et pourrait participer à la prévention de certaines maladies chroniques et neurodégénératives. Sur le plan digestif, sa teneur élevée en fibres favorise le transit intestinal, améliore la digestion et prolonge la sensation de satiété. En hiver, il aide à prévenir les petites infections saisonnières grâce à son effet tonifiant sur l’organisme.
Comparé aux autres agrumes, le pomélo se distingue par sa faible teneur en sucres, son goût équilibré entre acidité et légère amertume, ainsi que par son jus abondant et rafraîchissant. Sa peau épaisse lui assure une bonne aptitude à la conservation et au transport. Intégré à une alimentation équilibrée, le pomélo est un agrume sain, léger et complémentaire, particulièrement adapté aux repas légers et à la prévention nutritionnelle.
Il convient de signaler toutefois que le pomélo contient des furocoumarines pouvant interagir avec certains médicaments, notamment les antihypertenseurs, les statines et les anticoagulants. En cas de traitement, un avis médical est recommandé.
Utilisation du pomélo
Fruit relativement récent dans l’histoire agricole, le pamplemousse s’est progressivement imposé dans les habitudes alimentaires à travers le monde. Son goût original, à la fois doux et légèrement amer, explique la diversité de ses usages, aussi bien en consommation fraîche que dans les préparations culinaires et industrielles.
Le pomélo se consomme principalement cru, nature ou légèrement sucré, au petit déjeuner ou en entrée. Très juteux, il est apprécié en jus frais, en salade de fruits et comme base de nombreuses boissons rafraîchissantes et cocktails. Son jus peut également être utilisé pour assaisonner les salades, en remplacement du vinaigre. L’écorce peut être confite, tandis que le zeste est largement utilisé en pâtisserie et en confiserie.
Les variétés roses ou rouges sont généralement préférées aux variétés blanches, plus acidulées, bien que ces dernières séduisent certains amateurs par leur équilibre sucre-acidité. Un bon pamplemousse se reconnaît à son poids élevé, signe d’une forte teneur en jus, et à sa peau lisse et brillante. Il se conserve bien à température ambiante et encore mieux au réfrigérateur.
Le pomélo nature constitue une collation légère et rassasiante. En cuisine, il entre aussi dans la préparation de gelées, de tartes aux agrumes, de salades de fruits ou de plats salés, où il accompagne poissons, fruits de mer et viandes blanches.
Enfin, le pamplemousse est utilisé hors du domaine culinaire, notamment en cosmétique et en parfumerie grâce aux huiles essentielles extraites de son zeste, en aromathérapie pour son effet tonifiant, et dans l’industrie agroalimentaire pour la fabrication d’arômes et de boissons.
Conclusion
Le pomélo ou pamplemousse présente de nombreux atouts nutritionnels et des bienfaits avérés pour la santé. Agrume « santé » par excellence, il se distingue par sa faible teneur en sucres, sa richesse en vitamine C, en fibres alimentaires et en antioxydants. Adapté à la cuisine moderne et à la restauration, il offre de multiples possibilités d’utilisation, principalement cru, afin de préserver pleinement ses qualités nutritionnelles, la vitamine C étant particulièrement sensible à la chaleur. Sa consommation progresse à l’échelle mondiale, portée par l’intérêt croissant pour les aliments naturels et fonctionnels, ainsi que par son goût original, à la fois acidulé, doux et légèrement amer.
En Tunisie, le pomélo reste encore peu connu et peu consommé, ce qui explique le caractère marginal de sa production et le statut secondaire de sa culture. Une bonne communication autour de ses qualités gustatives et de ses bienfaits pour la santé permettrait de stimuler la demande et, par conséquent la production locale. Parallèlement, au-delà du seul marché du fruit frais, le développement de produits transformés (jus, confitures, boissons ou ingrédients aromatiques…) offrirait des perspectives intéressantes de valorisation, de création de valeur ajoutée et d’emplois.
Le développement raisonné de la culture du pomélo pourrait générer des retombées positives à plusieurs niveaux: amélioration de la santé et du bien-être des consommateurs, diversification des cultures arboricoles et contribution au dynamisme de l’agriculture et de l’économie nationale.
Ridha Bergaoui