Tahar Bekri: Liban ma rose noire
"Ils redoublent de férocité"
Et crient aux cèdres
Nous sommes les seigneurs de la guerre
Nous fermons la mer le ciel et la terre
Nous écrasons vos prières
Marchons sur vos rêves
Nous mangeons les collines et les montagnes
Nous détournons les fleuves et les sources
Volons les plateaux vallons et vallées
Nous remplissons de nos haines
Vos cimetières
Nous aimons les ruines et les décombres
Le sang des chevaux éventrés
Les larmes des murs
Nous fermons les écoles
Nous tirons à volonté
Nous sommes les bâtisseurs
De vos cauchemars
Coupeurs de routes
Coupeurs de ponts
Démolisseurs d’aéroports
Bruleurs de vos réserves
La farine est pour notre poudre
Vos pains pour notre canonnière
Nous mettons l’air à genoux
Le vent à feu et à sang
Nous nous protégeons de vous
Avec nos chars
Nous vous jetons sur les chemins
Vidons vos villages
L’eau c’est pour laver vos morts
Nous sommes la nuit de votre détresse
Nous aimons l'acier le fer et le plomb
les vautours et les chauve-souris
Nous sommes les prophètes de la lumière
Dieu nous a donné cette terre
Nous assiégeons la lune et le soleil
Nous prions pour votre enfer
Dans le ciel déchiré par nos mâchoires
Tahar Bekri
Paris le 26 juillet 2006
Réactualisé en mars 2026
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Le grand poète tunisien expatrié en France, pays des Lumières, c'est à dire dans la capitale de l'Occident moderne. La rose dans ce poème, "Liban , Ma rose noire", écrit le 26 juillet 2006 et réactualisé en mars 2026, est peinte en blanc sur un fond sombre: elle est blanche mais perçue par le poète dans une teinte noire. ce qui soulève des interrogations. Elle dans la littérature très polysémique: généralement elle véhicule les sens de l'amour et de la délicatesse, de la galanterie, des romances, de la fraîcheur et de l'innocence... Ici, elle émerge d'un paysage de ruines et de cendres. A parcourir les vers du poème, ,on ne trouve rien rien qui renvoie directement à la rose elle-même. On déduit alors que l'enchaînement des images composent le sens du référent 'ma rose noire'. le poème pourrait être interprété comme un requiem langoureux d'un Liban dénaturé et accablé par tous les tourment, toutes sortes de tribulations. Il est quasi-explicite que par les images le poète pointe les parties qui ont fait subir au Liban les peines narrées dans le texte. Le texte est une fictionalisation des faits qu'a vécu et continue de vivre ce pays de beauté et de culture. Le pronom personnel 'Nous' serait probablement_ par inférence du contexte géopolitique actuel_ l'ennemi frontalier sis sud qui viole tous les accords et convention pour semer le chaos et la mort dans Beirut et surtout le sud libanais. le 'nous' qui parle dans la narration brandit des menaces come dans ces vers "Nous mangeons les collines et les montagne/ Nous détournons les sources et les fleuves "..."Nous aimons les ruines et les décombres"/ et le sang des chevaux éventrés"; "Les chevaux éventrés" est un autre symbole ici; puisqu'ils étaient par le passé l'équivalent des chars et voitures et avions de guerre. une traduction littérale serait "réduire vos logistiques de guerre en ferrailles... ce qui m'interpelle dans la poésie de M. Hédi Békri, est l'absence de rime. C'est certain que le poème sonne d'un ton poétique, mais il se veut libre et pleinement lyrique comme toute la poésie en prose. L'absence de rime est compensé par l'a richesse en images. Cett absence est un choix délibéré par le poète; et cela pourrait signifier pour l'auteur et devrait signifier pour le destinataire que c'est un miroir d'un cosmos horrible où l'absence de règles régulatrices, l'incohérence, et le chaos empêche la mise en place du sens de l'ordre et de la proportion... J'ai aimé le poème de Monsieur Hédi békri: il n'est pas trop abstrait ou hermétique. Bien que je reste un peu trop attaché à la rime dans la poésie, j'aime les poèmes non rimés de M. Békri. et j'en apprends beaucoup pour m'eessayer à cet art fin.