Habib Tounsi: Les systèmes de management intégrés à l’heure de la transition bas carbone
Préambule
Au cours des trois dernières décennies, les systèmes de management intégrés (SMI), combinant la qualité (ISO 9001), le management environnemental (ISO 14001) et les normes de sécurité des denrées alimentaires ou des produits (ISO 22000), sont devenus un cadre organisationnel dominant pour les entreprises industrielles et agroalimentaires opérant sur les marchés mondialisés. Conçus initialement pour améliorer l'efficacité opérationnelle, la conformité réglementaire et la confiance des clients, les SMI ont progressivement évolué en outils stratégiques façonnant la gouvernance, la gestion des risques et la compétitivité. Cependant, la complexité croissante des enjeux de durabilité, notamment les changements climatiques et la transition bas carbone, soulève des questions fondamentales quant à leur adaptabilité et leur pertinence stratégique.
La transition bas carbone n'est plus une démarche volontaire, mais constitue une contrainte structurelle imposée par les accords internationaux, les cadres réglementaires et les nouveaux mécanismes commerciaux tels que la tarification du carbone, le renforcement du reporting environnemental et les mécanismes d'ajustement carbone aux frontières (MACF). Dans ce contexte, les entreprises sont tenues non seulement de se conformer aux normes, mais aussi de produire des données carbone crédibles, vérifiables et comparables tout au long de leurs chaînes de valeur, faisant de la performance environnementale un critère déterminant d'accès aux marchés. Malgré leur large adoption, les systèmes de management intégrés (SMI) sont de plus en plus critiqués pour leur rigidité potentielle. Réduits à de simples pratiques de conformité, ils peuvent engendrer une inertie organisationnelle caractérisée par un formalisme excessif, une surcharge procédurale et une capacité d'innovation limitée, des faiblesses particulièrement problématiques dans un environnement réglementaire et technologique en constante évolution.
De ce fait, certains groupes industriels n'abandonnent pas les SMI, mais reconfigurent leur gouvernance en dissociant la certification du pilotage stratégique et en intégrant les principes de management dans des modèles de performance dynamiques axés sur la décarbonation, l'analyse du cycle de vie et la collaboration au sein de la chaîne de valeur. Dans cette perspective, les SMI doivent être réévalués non pas comme des cadres de conformité statiques, mais comme des infrastructures facilitatrices pour la transition bas carbone. Stratégiquement gouvernés, ils peuvent jouer un rôle crucial dans la structuration des données carbone, la garantie de la traçabilité, la gestion des risques environnementaux et la démonstration de la conformité aux exigences commerciales en constante évolution. Leur efficacité repose en définitive sur un alignement stratégique, une gouvernance adaptative et un passage d'une conformité procédurale à une amélioration continue axée sur la performance.
1. Le paradoxe des systèmes de management intégrés
Les systèmes de management intégrés sont souvent décrits comme des cadres lourds, coûteux et excessivement bureaucratiques qui entravent la flexibilité organisationnelle.
Dans de nombreux secteurs, ils sont perçus comme des structures contraignantes en matière de conformité, n'offrant qu'une valeur ajoutée limitée.
Pourtant, paradoxalement, à l'ère de la transition bas carbone et des échanges commerciaux soumis à des restrictions carbone, ces mêmes systèmes peuvent devenir des atouts stratégiques décisifs.
Ce qui est considéré comme un fardeau administratif deviendra désormais de plus en plus au cœur de l'accès aux marchés et de la compétitivité.
1.1 Le nouveau paysage du commerce international
La transition bas carbone n'est plus un enjeu environnemental marginal; elle devient rapidement un principe structurant de l'ordre économique mondial. Les politiques climatiques remodèlent les stratégies industrielles, les flux d'investissement et, surtout, les conditions du commerce international. Des mécanismes tels que le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'Union Européenne, la multiplication des cadres de publications obligatoires en matière d'ESG et la demande croissante de traçabilité environnementale redéfinissent les règles d'accès aux marchés.
Dans ce nouveau paradigme, la compétitivité ne se résume plus au prix, à la qualité ou aux délais de livraison. Les produits sont de plus en plus évalués en fonction de leur intensité carbone intégrée tout au long de leur cycle de vie, de l'extraction des matières premières à la livraison finale. Le commerce international connaît une transformation fondamentale : les entreprises n'exportent plus seulement des biens ou des services, mais aussi des performances environnementales vérifiables. Comme le souligne la Commission européenne (2021), la transparence et la traçabilité carbone deviennent des prérequis à la participation aux marchés bas carbone, et non plus des facteurs de différenciation optionnels.
Cette évolution crée une demande structurelle de systèmes internes robustes, capables de générer des données environnementales fiables, auditables et normalisées. Sans de tels systèmes, les entreprises – en particulier celles opérant dans des secteurs tournés vers l'exportation et à forte intensité de carbone – risquent l'exclusion des marchés clés, l'exposition à des taxes carbone ou une atteinte à leur réputation au sein des chaînes de valeurs sensibles aux critères ESG.
1.2 Systèmes de management intégrés: une réputation ambivalente
Malgré leur large adoption, les systèmes de management intégrés souffrent d'une réputation ambivalente, voire négative, dans la pratique industrielle et la littérature académique. Parmi les inconvénients fréquemment cités figurent la complexité organisationnelle, les coûts élevés de mise en œuvre et de maintenance, la documentation excessive et un retour sur investissement souvent perçu comme lent ou indirect. Plusieurs études ont souligné que des systèmes de management intégrés (SMI) mal conçus ou trop rigides peuvent engendrer des résistances internes, réduire la flexibilité managériale et favoriser un formalisme procédural au détriment de l'excellence opérationnelle (Bernardo et al., 2015 ; Zeng et al., 2011).
Ces critiques sont justifiées. Trop souvent, les systèmes de management intégrés se réduisent à de simples exercices de conformité axés sur la certification, déconnectés des processus de décision stratégique et d'innovation. Lorsque la certification devient une fin en soi, le système risque de s'enliser dans une inertie bureaucratique au lieu de stimuler l'amélioration continue. Comme le soulignent les analyses de l'ISO et de l'OCDE, la valeur des systèmes de management dépend moins des normes elles-mêmes que de la manière dont les organisations les gèrent, les interprètent et les intègrent à leurs stratégies de transformation.
Combien de chefs d’entreprises ont-ils vécu des veillées interminables dans la semaine précédant les audits de conformité pour régulariser tous les documents en retard ?
Il est essentiel de reconnaître ces lacunes. Loin de discréditer les systèmes de management intégrée, cette perspective critique renforce l'argument selon lequel leur pertinence dans la transition bas carbone ne réside pas dans leur existence formelle, mais dans leur réinvention stratégique.
2. Pourquoi ces «inconvénients» doivent être réexaminés aujourd’hui
Les critiques traditionnellement adressées aux systèmes de management intégré ne peuvent être analysées indépendamment de leur contexte historique. Nombre de ces systèmes ont été conçus et déployés dans des environnements réglementaires et commerciaux relativement stables où la performance environnementale était largement volontaire et où les attentes des clients se limitaient au respect des exigences minimales de qualité et de sécurité. Ce contexte a profondément changé.
L’environnement industriel actuel se caractérise par une complexité externe accrue : chaînes d’approvisionnement mondiales fragmentées, réglementations climatiques en constante évolution, mécanismes de tarification du carbone et surveillance accrue de la part des clients, des investisseurs et des autorités publiques. Parallèlement, les exigences des clients se sont intensifiées, non seulement en termes de performance des produits, mais aussi en matière de transparence, de traçabilité et de responsabilité environnementale. Comme le souligne l’OCDE (2023), les entreprises sont de plus en plus évaluées sur leur capacité à démontrer leur maîtrise des risques non financiers, notamment ceux liés au climat.
Dans ce nouveau contexte, plusieurs des « faiblesses » traditionnelles des systèmes de management intégré méritent d’être réinterprétées. La documentation, longtemps critiquée pour son excès, devient une forme de preuve. Sur les marchés soumis à des contraintes carbone, une performance non documentée équivaut à une performance inexistante. L'intensité carbone, les contrôles environnementaux et les mesures d'atténuation doivent être auditables, reproductibles et justifiables en cas de litiges réglementaires ou commerciaux, tels que ceux découlant des déclarations MACF.
De même, les coûts associés à la mise en œuvre et à la maintenance d'un système de management environnemental (SME) ne peuvent plus être considérés comme de simples frais généraux. Ils constituent de plus en plus des investissements défensifs, protégeant les entreprises contre les sanctions réglementaires, les taxes carbone aux frontières, l'exclusion des chaînes d'approvisionnement et les atteintes à leur réputation. Même si les retours financiers des systèmes de management environnemental ne sont pas immédiats, la réduction des risques à long terme et les avantages en matière d'accès aux marchés sont significatifs.
Enfin, ce qui est souvent perçu comme de la rigidité peut, en réalité, constituer un cadre de contrôle nécessaire. Dans un contexte où les données carbone doivent être fiables, comparables et vérifiables au-delà des frontières, une certaine rigueur procédurale n'est pas une contrainte, mais une condition préalable. Le problème n'est donc pas la rigidité en soi, mais plutôt la conception intelligente des mécanismes de contrôle, destinés à faciliter la prise de décision plutôt qu'à simplement satisfaire les auditeurs.
Ce changement de perspective est au cœur du débat : les systèmes de management intégré (SMI) ne sont plus des options organisationnelles, mais des infrastructures permettant aux entreprises d'opérer dans une économie mondiale de plus en plus réglementée et sensible aux émissions de carbone.
Au-delà de la conformité, le système de management intégré s'impose de plus en plus comme un outil essentiel pour établir la crédibilité carbone. Fondamentalement, un SMI fournit un cadre structuré pour la collecte, la consolidation et la validation des données environnementales à travers les processus, les sites et les chaînes de valeurs. Cette capacité est cruciale dans un contexte où les exigences de reporting carbone s'étendent au-delà des émissions directes pour inclure les impacts en amont et en aval (émissions de scopes 1, 2 et 3).
Grâce à la cartographie des processus, aux contrôles opérationnels et à la surveillance continue, le SMI permet un niveau de traçabilité environnementale difficilement atteignable par des mécanismes de reporting ad hoc. Cette traçabilité est essentielle non seulement pour la gestion de la performance interne, mais aussi pour la communication externe avec les autorités de réglementation, les clients et les partenaires financiers. Selon la Commission européenne (2021), des systèmes de gestion interne fiables sont essentiels à la crédibilité des rapports sur la gestion intégrée des émissions de carbone (GIEC) et aux futurs systèmes de comptabilisation du carbone.
En intégrant l'évaluation des risques environnementaux à leurs processus opérationnels et stratégiques, les entreprises peuvent anticiper les évolutions réglementaires, identifier leur exposition aux coûts du carbone et prioriser les actions de décarbonation les plus rentables.
Dans une économie bas carbone, l'avantage concurrentiel ne repose plus uniquement sur la capacité de production ou l'optimisation des coûts. Il dépend de plus en plus de la capacité à démontrer la maîtrise, la transparence et la cohérence des performances environnementales. Plus le critère carbone conditionne le commerce international, plus la capacité de démontrer les performances environnementales prend de l’importance par rapport à la capacité de production.
3. De la conformité à la compétitivité: les systèmes de management intégrés dans le commerce à émissions de carbone limitées
3.1. Impact sur le commerce – Le système de management intégré comme facilitateur du commerce
Le reporting carbone (CSRD, 2022), la conformité environnementale et la traçabilité ne sont plus des exigences secondaires, mais des déterminants essentiels dans l’accès au marché commercial bas carbone.
Des instruments réglementaires tels que le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'Union européenne, conjugués à des politiques d'achats de plus en plus axées sur les critères ESG, font de la transparence environnementale une condition préalable à la participation au commerce (Commission européenne, 2021 ; OCDE, 2023).
Dans ce contexte, le système de management intégré (SMI) joue progressivement un rôle de facilitateur du commerce. En structurant les données environnementales, en standardisant les processus de reporting et en assurant un contrôle interne des informations relatives aux émissions, le SMI fonctionne comme une forme de « passeport commercial ». Il permet aux entreprises de traduire leurs performances environnementales internes en informations crédibles et auditables, compréhensibles par les autorités de réglementation, les clients et les partenaires commerciaux dans différentes juridictions.
De plus, le SMI fournit un langage opérationnel commun aux entreprises et à leurs clients. Les grands groupes industriels, intègrent de plus en plus les exigences environnementales de leurs fournisseurs à leurs stratégies d'approvisionnement, exigeant des données standardisées sur les émissions, l'efficacité des ressources et la conformité. A titre d’exemple, la stratégie de développement durable de Volvo met explicitement l'accent sur l'engagement de la chaîne de valeur et une gouvernance environnementale fondée sur les données, s'appuyant sur des systèmes de gestion structurés pour garantir la cohérence et la comparabilité entre les fournisseurs (Rapport de développement durable du groupe Volvo, 2023). Dans de tels écosystèmes, les fournisseurs dépourvus de systèmes de gestion robustes sont confrontés à des barrières à l'entrée croissantes, indépendamment de la qualité de leurs produits ou de leur compétitivité/prix.
Cette dynamique est particulièrement critique pour les exportateurs dans nos pays. Nombre de fournisseurs opérant dans les économies émergentes subissent une pression accrue pour se conformer aux exigences environnementales européennes sans disposer d'infrastructures réglementaires équivalentes au niveau national. Dans cet environnement commercial asymétrique, le système de management intégré (SMI) devient un mécanisme d'alignement essentiel. Il permet aux entreprises de combler les lacunes réglementaires, d'anticiper les exigences de conformité et de démontrer leur maîtrise environnementale dans un format reconnu par les marchés internationaux. Sans de tels systèmes, les entreprises risquent l'exclusion des chaînes de valeurs, non pas en raison d'une infériorité technologique, mais d'une crédibilité carbone insuffisante.
Ainsi, dans un commerce soumis à des contraintes carbone, le SMI deviendraient une interface stratégique entre les systèmes de production et les marchés mondiaux.
3.2. Combattre la stagnation organisationnelle
Si la pertinence stratégique des systèmes de management intégrés (SMI) dans le commerce bas carbone est de plus en plus évidente, leur efficacité est loin d'être automatique. Un risque majeur réside dans la conviction naïve que la certification, à elle seule, garantit la performance, la compétitivité ou la résilience.
Le SMI n'est efficace que s'il est axé sur la stratégie. Cela implique une articulation claire entre les objectifs climatiques de l'entreprise, les priorités commerciales et les processus du système de management. Le système de management doit se positionner dans une feuille de route de décarbonation à long terme et non pas comme un simple outil de conformité. Le management environnemental est explicitement lié à l'innovation, à l'engagement des fournisseurs et à l'anticipation des risques, garantissant ainsi que le système favorise la prise de décision stratégique plutôt que la simple conformité procédur.
Le système de management intégré (SMI) doit également être axé sur les risques et la performance. Une documentation statique et des audits périodiques sont insuffisants face à l'évolution rapide des réglementations climatiques et des mécanismes commerciaux. Le système doit au contraire permettre une évaluation continue des risques, un suivi des performances et des actions correctives liées à l'exposition au carbone, aux changements réglementaires et aux vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement. Cette approche aligne les systèmes de management sur les cadres de gestion des risques d'entreprise et de gouvernance climatique de plus en plus recommandés par les institutions internationales (ISO, 2022).
Enfin, simplicité et dynamisme sont essentiels. Les systèmes trop complexes engendrent des résistances, diluent la responsabilité et nuisent à la crédibilité. L'enjeu n'est pas d'accumuler les procédures, mais de concevoir des cadres allégés, intelligibles et adaptatifs, capables d'évoluer avec les modèles économiques et les environnements réglementaires.
Le message principal est donc clair : la stagnation n'est pas due aux normes elles-mêmes, mais à la manière dont elles sont interprétées, mises en œuvre et gérées.
3.3. Vers un système de management intégré de nouvelle génération
À l'avenir, les systèmes de management intégrés (SMI) entrent dans une phase de transformation structurelle. L'accent traditionnel mis sur la qualité, l'environnement et la sécurité s'étend progressivement à des architectures centrées sur le carbone, pilotées par les données et orientées vers la chaîne de valeur. Dans une économie bas carbone, la pertinence des SMI dépendra de plus en plus de leur capacité à gérer des flux de données environnementales complexes, au-delà des frontières organisationnelles et géographiques.
Les cadres de SMI de nouvelle génération devraient s'intégrer parfaitement aux systèmes de reporting ESG (CSRD, 2022), aux méthodologies d'analyse du cycle de vie (ACV) et aux processus métiers essentiels. Au lieu de fonctionner en parallèle, les systèmes de management constitueront la colonne vertébrale reliant les données opérationnelles, le reporting réglementaire et la prise de décision stratégique.
Le SMI est donc une infrastructure invisible mais essentielle de la transition bas carbone. Sa valeur ne réside pas dans la visibilité ou les labels de certification, mais dans sa capacité à garantir la cohérence, la crédibilité et la compatibilité entre l'ambition environnementale et la réalité opérationnelle. Les entreprises capables de structurer et de prouver leur performance environnementale s'assureront des avantages concurrentiels durables
En ce sens, le système de management intégré n'est pas un obstacle à la transformation bas carbone, mais bien l'un de ses leviers les plus importants
4.La conformité comme un levier stratégique pour la transition bas carbone
Les systèmes de management intégrés (SMI) ont longtemps été perçus comme des cadres lourds et axés sur la conformité, souvent critiqués pour leur coût, leur complexité procédurale et leur retour sur investissement différé. Pourtant, face à l’évolution des paysages industriels et commerciaux mondiaux sous la pression du changement climatique, des réglementations carbone et des exigences de durabilité, ces critiques doivent être réinterprétées à la lumière de nouvelles réalités stratégiques. Loin d’être des obstacles, les SMI possèdent la capacité structurelle de permettre aux organisations de naviguer efficacement et de manière compétitive dans la complexité de l’économie bas carbone.
La transition vers un environnement commercial à faibles émissions de carbone modifie fondamentalement les paramètres d’accès au marché et la légitimité des entreprises. Les instruments réglementaires, tels que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, la prévalence croissante des normes de reporting ESG et les exigences accrues en matière de traçabilité,transforment la performance environnementale en un impératif commercial. Dans ce contexte, le SMI ne devrait pas se limiter à un simple outil de conformité, mais constituerait une infrastructure centrale pour l’alignement opérationnel et stratégique. En standardisant la collecte de données environnementales, en renforçant la traçabilité des processus et en soutenant la gestion des risques, les cadres de systèmes de management intégré (SMI) permettent aux organisations de générer des informations vérifiables, crédibles et comparables, essentielles pour participer au commerce mondial.
En intégrant la gestion environnementale, l'engagement des fournisseurs et les objectifs de réduction des émissions de carbone, les systèmes de management peuvent être des leviers stratégiques de décarbonation, tout en préservant l'efficacité opérationnelle. Loin de freiner l'innovation ou l'agilité, le système offre un environnement contrôlé où les objectifs de développement durable sont intégrés au processus décisionnel, garantissant ainsi conformité et compétitivité. Cette approche souligne le rôle crucial que peut jouer le SMI pour aligner les processus organisationnels sur des objectifs climatiques plus larges, transformant une rigidité perçue en un atout stratégique.
Le message stratégique adressé aux dirigeants, aux décideurs et aux chefs d'entreprise est clair : la stagnation ne résulte pas des normes elles-mêmes, mais d'interprétations statiques et procédurales de celles-ci. Pour exploiter pleinement le potentiel du SMI, les organisations doivent passer d'une approche centrée sur la certification à une application plus large et stratégique, axée sur la performance, la gestion des risques et l'amélioration continue. Déployé intelligemment, le système peut servir d'outil de transformation, faisant le lien entre les pratiques opérationnelles, les exigences du marché et les attentes réglementaires.
Le Système de Management Intégré n'est pas un frein à la transition bas carbone ; c'est un catalyseur essentiel. Repensé et stratégiquement aligné, il constitue le socle structurel d'une performance environnementale crédible, facilite l'accès aux marchés sensibles au carbone et positionne les organisations comme des leaders à l'ère où durabilité et compétitivité sont indissociables. Les décideurs qui reconnaissent et mettent en œuvre ce potentiel ne se contenteront pas de répondre aux nouvelles exigences, mais contribueront activement à façonner le paysage industriel bas carbone de demain.
Habib Tounsi
Ingénieur en génie industriel (ENIT)
Direction de la planification à la STEG (1988–1999)
Gestion de la qualité, des études de développement
et des études de planification dans les secteurs de l’industrie,
de l’énergie et de l’aménagement durable des territoires
Références
Bernardo, M., Casadesús, M., & Marimon, F. (2015). Integrated management systems: A systematic review of the literature and implications for future research. Total Quality Management & Business Excellence, 26(9–10), 1028–1046.
https://doi.org/10.1080/14783363.2014.948144
Commission européenne. (2021). Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF / CBAM).
https://taxation-customs.ec.europa.eu/carbon-border-adjustment-mechanism_en
Commission européenne. (2022). Directive (UE) 2022/2464 relative à la publication d’informations en matière de durabilité des entreprises (CSRD). https://finance.ec.europa.eu/capital-markets-union-and-financial-markets/company-reporting-and-auditing/company-reporting/corporate-sustainability-reporting_fr
Delmas, M. A., & Toffel, M. W. (2008). Organizational responses to environmental demands: Opening the black box. Strategic Management Journal, 29(10), 1027–1055. https://doi.org/10.1002/smj.701
Ecopia School. (2023). Écosystèmes QHSE et transition écologique : Comment la QHSE contribue à la neutralité carbone. https://www.ecopia-school.com/blog/ecosystemes-qhse-transition-ecologique-neutralite-carbone
Hellocarbo. (2024). CSRD : Définition, contexte et enjeux de la directive européenne.
https://www.hellocarbo.com/blog/calculer/csrd-definition/
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2023).
Gestion environnementale des entreprises, compétitivité et échanges internationaux.
https://www.oecd.org/fr/environnement/
Organisation internationale de normalisation (ISO). (2015). ISO 14001:2015 – Systèmes de management environnemental – Exigences et lignes directrices pour son utilisation.
https://www.iso.org/fr/standard/60857.html
Organisation internationale de normalisation (ISO). (2022). Enquête ISO sur les certifications (ISO Survey). https://www.iso.org/the-iso-survey.html
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